A l’occasion du dernier festival de science-fiction nantais Les Utopiales, l’armée française est allée recruter des auteurs de science-fiction. Yvon vous explique pourquoi…

Longtemps méprisée au profit de genres littéraires considérés comme plus « nobles », la science-fiction est désormais prise au sérieux. Jusqu’aux plus hauts sommets de l’Etat comme le prouve la présence du Ministère des Armées aux Utopiales de Nantes.

L’armée avait déjà tenté une expérience similaire il y a deux ans, souhaitant constituer une Red Team (d’après le nom donné au bureau mis en place par l’armée américaine à l’époque du Pacte de Varsovie) afin de réfléchir à plusieurs scénarii possibles quant à notre devenir. Le but étant d’accélérer les projets d’innovation et de préparer les technologies du futur afin d’élaborer de nouveaux armements dans un but stratégique.

Un œil sur le futur

Le fait que les écrivains de S.F. soient aujourd’hui pris très au sérieux est dû à des œuvres qui en leur temps ont imaginé un avenir qui aujourd’hui, semble plus que concret. L’exemple le plus flagrant est sans aucun doute 1984 de George Orwell. Un livre publié en 1949 qui raconte comment la Grande-Bretagne a adopté un régime totalitaire après une guerre nucléaire. Un pays ayant éliminé la liberté d’expression au profit d’une politique de surveillance extrême. C’est le roman du fameux « Big Brother vous regarde ».

Aujourd’hui, bien heureusement, toutes les prédictions d’Orwell ne se sont pas réalisées. Mais la profusion des caméras dans les rues de certaines grandes villes et la surveillance relative aux réseaux sociaux et aux objets connectés, notamment révélée par Edward Snowden font irrémédiablement penser à 1984.

Dans un genre plutôt différent, beaucoup ont relevé d’étranges « prédictions » dans certains livres de Stephen King ou encore chez Robert Heinlein, qui en 1940, 5 ans avant Hiroshima et Nagasaki, imaginait une bombe sale mise au point par les États-Unis. Mary Shelley quant à elle, imaginait déjà en 1818 les transplantations dans son Frankenstein.

Et que dire de Jules Vernes, qui a notamment prédit les sous-marins alimentés en électricité dans 20.000 lieues sous les mers et le voyage lunaire dans De la Terre à la Lune. Plus récemment, on peut aussi voir dans certains livres du type Young Adults, comme Hunger Games ou Le Labyrinthe autant de mises en garde quant à de potentiels scénarii catastrophes au sujet du futur.

La science-fiction et l’extrapolation

Là est finalement la vocation des auteurs de science-fiction : imaginer l’avenir à partir de notre réalité. Et si les romans de S.F. s’avèrent aussi passionnants, c’est aussi car ils extrapolent à partir d’éléments identifiables et identifiés, dans lesquels nous nous reconnaissons tous. C’est d’ailleurs aujourd’hui tout aussi valable pour les séries comme Black Mirror et la récente Years and Years et son effrayante vision d’un futur post-Brexit.

Les Simpson eux-mêmes, qui ont annoncé la présidence de Trump, ont également gagné ces dernières années une sorte de nouvelle pertinence. La série sortant du même coup de la simple catégorie « divertissement » pour s’imposer plus que jamais telle une authentique satire qui sous couvert de l’humour, en dit beaucoup sur la société moderne.

Cette ouverture de l’armée vers un imaginaire collectif aux multiples ramifications ouvre plusieurs perspectives et pourrait bien changer la donne. Première étape pour la Red Team : réfléchir à plusieurs scénarii se déroulant en 2050 et 2080 afin de potentiellement envisager les menaces de demain et leurs réponses stratégiques et militaires…

Image : Reimund Bertrams/Pixabay


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